Il avait fallu une saison complète à Ghern pour atteindre Melit Aend. Tourbelieu se trouvait dans le sud des marais, non loin du Beilan, et la ville souffrait de son éloignement de la capitale, politiquement et économiquement. Toutefois, elle tirait des profits substantiels des routes marchandes liant les deux pays.
Deux semaines étaient passées, pendant lesquelles l’intendant Marian et l’archidiacre Ghern avaient pu converser. Ghern était un petit homme, trapu et robuste. Ses yeux contrastaient avec les entrelacs de suie, de cendre et de peinture, aux motifs compliqués et sombres, à la gloire du Dieu, sur son visage. Sa figure et sa tête étaient soigneusement rasées en signe de respect envers Amk’Cherk.
_ Voilà, fils de Meroak, maintenant tu connais l’ampleur du péril qui nous guette ; maintenant que le chant du vide est à son paroxysme et qu’il n’existe plus que des hommes sans paroles en Retrahant ; maintenant débute le chant des morts.
Amk’Cherk nous punit de notre faiblesse en transformant l’homme en animal, en le privant du Chant. Tourbelieu partira en guerre dès qu’elle sera prête, seigneur, ainsi Sa volonté sera faite. Nous commencerons par les cités du Beilan car la complainte nous y attire. Il y aura de nombreux morts mais les braves de Tourbelieu ne la craignent pas.
Si je suis ici, noble intendant, c’est pour te prévenir que Tourbelieu sera engagée pour un moment et pour avoir ta bénédiction.
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Chante, ô Amk’Cherk, le chant des morts,
Chant fatal qui causa mille maux à Retrahant
Et fit descendre dans les enfers tant d'âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Amk’Cherk l’avait-il voulu.